La place des femmes dans Dynastie

 

 

     Difficile de ne pas associer l'expansion des femmes dans la société durant les années 80 aux personnages d'Alexis Colby dans Dynasty et d'Abby Cunningham dans Knots Landings (Côte Ouest). Toutes deux ont eu un rôle essentiel - pour ne pas dire révolutionnaire - sur la façon dont les femmes se percevaient à l'époque. Elles ont compris qu'elles pouvaient assumer leur féminité, et leur sexualité, tout en occupant un poste important dans la société. Si Abby Cunningham représente un modèle américain de femme libérée, assumant son travail et ses enfants, Alexis est son pendant européen, mauvaise mère et femme d'affaires douteuse, égoïste, versatile, bref détestable pour l'américain moyen, si puritain... Mais d'autant plus délectable du coup pour qui se réjouit de suivre les aventures rocambolesques de cette femme que rien n'arrête, pas même « l'establishment »!  Mais pourquoi est-ce qu'Alexis nous apparaît comme plus active et dominante dans le monde des affaires que le charismatique Blake? Pourquoi est-ce qu'Alexis est plus populaire et célèbre que la douce Krystle? 

 

     Les deux principaux personnages féminins - Alexis Morell Carrington Colby Dexter Rowan et Krystle Grant Jennings Carrington - épousent la vision dichotomique de la société américaine du bien et du mal chez l'héroïne féminine. Krystle est dépeinte comme bonne et pure, une candidate de premier plan pour le titre de « femme parfaite ». Elle est identifiée principalement en tant qu'épouse et mère, même si elle a travaillé sporadiquement. Krystle fournit un soutien affectif à pratiquement tout le monde dans le feuilleton, à l'exception d'Alexis et aux quelques autres ennemis de la famille Carrington. La seule tache sur son curriculum vitae est d'avoir entretenu une relation extra-conjugale, mais c'est un événement du passé vite oublié par les scénaristes, d'autant que son nouveau mariage s'avère plus fort que tout.


 


     En raison du charisme d'Alexis, peu de téléspectateurs se souviennent que Dynasty a commencé comme un clone assumé de Dallas, distingué de son modèle par la tentatives des créateurs et des producteurs de rendre le look des Ewing vulgaire et petit-bourgeois.   Son personnage rejette de façon véhémente la construction traditionnelle de la féminité comme dénuée de personnalité, passive et impuissante, et s'autorise la satisfaction de tous les plaisirs typiques de la société de consommation. Alexis, agressive, avide de pouvoir, est une femme d'affaires auréolé d'un énorme succès, et qui peut être considérée comme la personnification du côté immoral de l'individualisme possessif. Transgressive dans son comportement, elle est tout le contraire de ce que la culture américaine désigne comme une « femme vertueuse »: elle intrigue sans cesse pour étancher sa soif de pouvoir, et exploite sans vergogne son attrait sexuel à son profit personnel. Sa seule source de redemption vient de son rôle de mère, rôle qu'elle prend apparemment très au sérieux, bien qu'elle se serve de ses quatre enfants à plusieurs reprises. Les tentatives d'Alexis pour s'approprier et exercer le pouvoir nous sont montrés à la fois dans les sphères publiques et privées. Étant donné que le pouvoir est dans la réalité quasi systématiquement désigné comme un attribut masculin, la synthèse entre un personnage féminin et une utilisation flagrante du pouvoir est menée de façon particulièrement excessive. A l'instar d'une vamp, Alexis est perçue comme une menace pour la sexualité des hommes de son entourage. Non seulement elle est un danger pour le mariage de Blake et de Krystle, une mère quasi castratrice pour ses fils et une séductrice des amants de ses filles, mais ses prouesses au lit ont coûté la vie à son deuxième mari, Cecil Colby. Par ailleurs, son jeune « étalon » et futur troisième époux, Dex Dexter, souffre considérablement en raison de sa dépendance sexuelle avec elle. Bien qu'ayant dépassé l'âge fatidique de la quarantaine, Alexis choisit et récupère les hommes qu'elle veut. Ainsi, son personnage combine une variété de traits, qui a marqué la culture télévisuelle des individus des deux sexes. Elle est présente dans le monde fictif de Dynasty comme une femme fantasmée par les hommes mais qui représente en même temps leur « pire cauchemar » puisque qu'elle peut à tout moment les évincer de son lit... et de son bureau.

 

     Ce que Dynasty présente est une image déformée de la femme active et puissante - mais trop fictionnelle et narcissique. Parce qu'elles sont à la fois fortes et gentilles, compétentes en affaires, fidèles en amour et de bonnes mères, la Sammy Jo des dernières saisons  de Dynasty ou la Sable de The Colbys sont des femmes plus réalistes qu'Alexis ou Krystle et surtout elles sont à contre-courant de cet univers romancé qui répète l'idée reçue de la « bonne » et de la « mauvaise » femme qui a dominé les représentations féminines dans les films de l'âge d'or d'Hollywood.

     Cet article est librement inspiré de la thèse de Enjung Park: « Is Dynasty a Clone of Dallas?: Reading Formations for Cultural Politics in Consumer Culture » et plus particulièrement du chapitre « Female Historical Subjects ».




 
 
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