La politique dans Dynastie


 
 
       Il n’y a pas de doute, de nombreux parallèles existent entre le président Reagan et Blake Carrington (de leurs mariages à la politique en passant par l’attentat manqué qui les a frappé tous deux à quelques années d’intervalles).
       Lorsque le feuilleton commence sa diffusion aux États-Unis, le pays est sur le point d'entrer dans l'ère "Reagan" — le premier épisode fut diffusé environ une semaine avant que Ronald Reagan ne s'installe à la Maison Blanche — et, c'est assez troublant, le patriarche de Dynasty, Blake Carrington, apparaît comme le miroir de la vie du président. Tous deux sont républicains (c'est à dire de droite), influents dans leur sphère d'activité respective, arborent toujours un air sérieux et ont des relations chaotiques avec leurs enfants qui les ont embarrassés publiquement à plusieurs reprises. Le mariage de Blake Carrington et de son ancienne (et jeune) secrétaire Krystle — sujet assez tabou pour l'époque — est aussi le reflet de l'investiture de Ronald Reagan. Pour la première fois, un homme divorcé accédait à la Maison Blanche. De surcroît, Ronald Reagan et John Forsythe, l'interprète de Blake Carrington, sont nés durant la même décennie, ont le même signe zodiacal (Verseau), ont exercés le métier d'acteur, notamment pour Warner Brothers, et le temps de huit années (de 1981 à 1989) ont incarnés des hommes très puissants dans leur pays.
       Là où Blake Carrington diverge quelque peu de Ronald Reagan, c'est dans son évolution au fil de la série. De républicain pur et dur, il évolue peu à peu et adopte des idées socialement plus libérales et économiquement moins libertariennes. Son discours populiste et son engagement auprès des pauvres du Colorado en ferait presque un gauchiste. Les scénaristes auront forcé le personnage à mettre de l'eau dans son vin, soit pour plaire davantage aux masses américaines, soit pour tenter de les faire évoluer. Et peut-être pour les deux.
      Mais ce qui a fait de Dynasty un "hit" ne tient pas à cette heureuse coïncidence entre les deux hommes. Bien que la série apparaisse elle-même comme assez conservatrice, on doit reconnaître aux Shapiro et à leur équipe une persévérance louable dans l’instillation de leurs idées plus larges. On peut appeler ça de la compétence commerciale, mais c’est aussi une forme de diplomatie: placer des idées de gauche dans une ère très marquée à droite, ou encore hurler avec les loups, en plaçant un ou deux miaulements dans le vacarme. On a certes humanisé le Blake de la première saison, apprivoisé Krystle et Claudia, asexualisé Steven, bridé Fallon et compté sur la durée pour faire passer le message. Mais entre temps, on a introduit Dominique Deveraux et Luke Fuller et quelques tabous ont sauté. Ça n’a l’air de rien, mais faire passer ces messages de tolérance sans scandaliser les foyers « moins sophistiqués » relevait de l’exploit à l'époque.
 Cet article est très librement inspiré de l’ouvrage de Stefan Peltier: « Dynastie, Apologie de la démesure ».



 
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