Le ton "camp" de Dynastie

      Pour ceux qui n'auraient jamais entendu ce mot d'origine anglophone, en voici une définition du Robert & Collins: "Qui aime le kitsch, qui fait parade de mauvais goût/ Théâtral/ Cabotin." Cette définition permet de mieux appréhender ce terme, bien qu'elle soit quelque peu erronée. En effet, "Kitsch" et "Camp" ne sont pas forcement synonymes. On peut considérer le "kitsch" comme du mauvais goût involontaire alors que le "camp"  utilise les mêmes codes, mais au second degré, et ce, de manière évidente afin qu'il n'y ait justement pas de confusion possible. Ce mélange de mauvais goût extravagant et d’audace iconoclaste pourrait être résumé par « c’est tellement mauvais que ça en devient sublime ».
     Ce qui fait le charme de Dynasty, ce n’est certainement pas sa vocation sociale, ni la maîtrise du format mélodramatique (exception faite de la toute première saison). La caractéristique principale qui différencie ce programme de Dallas entre autres, c’est la perpétuelle distance entre le ton et le propos tenu, la conscience aiguë de ne pas être sérieux et l’ironie permanente des situations et des dialogues. La série joue à la fois sur l’identification propre au drame et sur la nécessaire mise à distance qui permet de savourer les invraisemblances et l’excès sans en rougir.
           

       
       
 
 
       Pour ce faire, la série s'emploie donc à engager ces dames dans des pugilats réjouissants ("cat-fights") dont Krystle et Alexis, la nouvelle et l’ancienne femme du pilier de la saga, Blake Carrington, donnent l’exemple dès la deuxième saison. D’autres leur emboîteront le pas, en passant – la gifle et la contre-gifle qu’échangent Claudia Blaisdel et Sammy Jo dans la quatrième saison – ou carrément en y prenant un plaisir communicatif – Krystle et Alexis de nouveau, dans le bassin des Carrington, puis Sammy Jo et Amanda dans celle de l’hôtel La Mirage, et bien d’autres combats encore, dans la boue en particulier (saisons 6 et 9). C'est évidemment une réponse, voire une parodie, aux combats de cow-boys propres aux poncifs du western que Dallas a largement utilisé durant ses 13 saisons. Sauf qu'ici ce serait plutôt des affrontements de filles de joie, façon "milliardaire". Notons que dans Dynasty, les hommes se battent également à plusieurs reprises, plus souvent pour montrer leur virilité que pour de réelles motivations. Les femmes aussi d'une certaine manière...
      L'autre aspect "camp" de Dynasty, voire le fleuron de la série, c’est indiscutablement Joan Collins. Si le personnage d’Alexis est particulièrement bien trouvé, c’est son jeu, ponctué d’expressions faciales dignes des tous premiers temps du cinéma muet, qui fait toute la démesure du personnage. Elle est la maîtresse dans l’art d’en faire trop et ce qui fait de la série un excellent divertissement. En restant constamment sur un mode excessif, le jeu de Joan Collins permet à Alexis d’être crédible dans toutes les situations, même les plus grotesques (et dieu sait qu'il y en a!). D'ailleurs, beaucoup d’acteurs et d'actrices de la série ont su cultiver cet aspect "camp" (Gordon Thompson, Heather Locklear, Diahann Caroll, Stephanie Beacham, Michael Nader pour citer les principaux). Il est évident que si le jeu d’un acteur reste en deçà de ce second degré, toute scène sortant de l’ordinaire cessera d’être crédible. D’autre part, tous les personnages ne se prêtent pas à cette interprétation (il participent involontairement au "camp" du feuilleton) car même si Dynasty a conscience de son aspect artificiel, cela ne se veut pas un programme de parodie.
 

       
       
 
 
        Ne nous y trompons pas, l'aspect "camp" de Dynasty n'est pas son principal intérêt. Dans le cas échéant, le feuilleton n'aurait pas duré neuf années et remporté un si grand succès. Certes, cette particularité lui permet de mieux vieillir que d'autres séries et ainsi de continuer à trouver grâce aux yeux du public depuis plus de vingt ans, mais l'intrigue et le charisme de ses personnages sont les vrais clés de ce succès jamais démenti aux Etats-Unis.
      Cette dimension décalée est à considérer davantage comme une mise en valeur de scénarii résolument audacieux (ou tirés par les cheveux diront certains) que comme le moteur de toute action. Pour utiliser une métaphore, on pourrait plus simplement dire que c'est « la cerise sur la gâteau »!

Cet article est librement inspiré de l’ouvrage de Stefan Peltier: « Dynastie, Apologie de la démesure ».




 
 
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